De nouveaux horizons dans le viseur du casque TopOwl DD de Thales

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Thales va muscler les capacités de son casque TopOwl Digital Display, conséquence directe de la commande par l’Espagne de 31 hélicoptères NH90 supplémentaires. Une intégration qui bénéficiera aussi aux forces spéciales françaises, eux aussi en attente d’un NH90 taillé pour leurs missions. 

Un nouveau chapitre démarre pour le casque TopOwl. Après avoir notifié NHIndustries pour les NH90 espagnols, la NATO Helicopter Management Agency (NAHEMA) s’est tournée vers Thales pour ajouter de nouvelles fonctionnalités au casque TopOwl DD. Un contrat réalisé au profit de la Direction générale de l’armement (DGA) et de son pendant espagnol, la Dirección General de Armamento y Material (DGAM) et au montant non divulgué mais qui se fonde sur le succès d’une version « legacy » dont 1600 exemplaires sont aujourd’hui en service. Plus de 700 autres sont appelés à sortir des lignes bordelaises du groupe français. 

Pour Thales, il s’agira avant tout d’adapter sa solution au NH90 en parallèle aux efforts similaires engagés dans le cadre du programme français HIL et de la rénovation des hélicoptères Tigre au profit du duo franco-espagnol. Personnalisé selon la morphologie du pilote, le casque TopOwl DD est doté d’un afficheur LCD haute résolution et d’un champ de vision de 40° tout en étant opérationnel dans des nuits de niveaux 1 à 5 grâce aux tubes intensificateurs d’image (T2I) intégrés, le tout pour environ 2,2 kg. Le contrat décroché par Thales portera notamment sur l’amélioration de ces T2I en augmenter le niveau de performance, une « Figure of Merit » (FOM) qui restera confidentielle. 

Mais la principale plus-value reste cette interface à forger avec les capteurs et caméras de mission embarqués sur le NH90. Une fois combiné à ces capteurs, le TopOwl DD bénéficie en effet de nouvelles fonctions propres à assister le pilote dans sa compréhension de la situation opérationnelle. Pour l’Espagne comme pour la France, il sera relié au système de caméras grand champ (DAS) Eurofl’Eye, seconde technologie dont le développement par Safran Electronics & Defense est directement soutenu par le contrat espagnol. Ce socle, le client le complètera de la boule optronique Euroflir 410 elle aussi fournie par Safran, partenaire logique de Thales sur le sujet.

Point de chute désigné des données récoltées par le DAS et l’Euroflir 410, le casque TopOwl DD permettra au pilote et au co-pilote de partager une image commune et de pointer des éléments d’intérêt tout en conservant l’indépendance des lignes de visée. Autrement dit, ce sera la fin de l’asservissement de la caméra de mission par l’un des deux membres d’équipage. Cette combinaison de capteurs annonce également l’incrustation de l’image en provenance de la caméra dans le champ de vision. Ce mode « Picture in Picture » (PIP) permettra d’exploiter tout le potentiel de l’Euroflir 410, et plus particulièrement une voie infrarouge participant à améliorer la sécurité lors des vols à basse altitude ou sous très faible visibilité. 

Pour l’instant, le TopOwl DD et l’Eurofl’Eye avancent chacun dans leur ligne de nage. La frontière entre les deux n’est pas imperméable, mais l’essentiel de leur rapprochement interviendra plutôt en fin de développement. Le contrat matérialisé avec la NAHEMA ne porte par ailleurs que sur le développement et l’intégration. Un contrat de livraison « est planifié avec Airbus mais non signé aujourd’hui », explique Thales. À terme, son casque doit monter à bord des 18 NH90 FS commandés côté français ainsi que sur une partie des NH90 GSPA et MSPT acquis dernièrement par l’Espagne. Un effort similaire a déjà été engagé pour le Tigre rénové au profit du duo franco-espagnol et du Guépard conçu pour les armées françaises dans le cadre du programme HIL. Le volet matériel ne change pas. Seul l’interface est adapté pour tirer le meilleur parti de la caméra de mission et des capteurs propres au NH90. 

Les premiers vols d’essai interviendront, selon Thales, au premier semestre 2026. Si le NH90 FS est attendu dès cette année par les forces spéciales françaises, le casque TopOwl DD décollerait premièrement avec le Tigre rénové et le Guépard. Le NH90 suivra, le temps d’adapter l’interface aux spécificités de l’appareil et de ses capteurs, dont un DAS qu’il reste à parachever. Les premiers exemplaires arriveront en fin de décennie, à temps pour un rétrofit des appareils français et pile à l’heure pour l’atterrissage des NH90 espagnols supplémentaires, attendus à compter de 2031. 

« Ce sont des premières commandes et, bien sûr, nous allons essayer de capter d’éventuels contrats de rétrofit ou de modernisation d’autres plateformes », indique Thales. Si la France et l’Espagne deviennent les clients de lancement, « tout utilisateur du NH90 pourrait éventuellement devenir un client potentiel ». Soit une quinzaine de pays opérant plus de 500 appareils au dernier décompte. Ou tout client disposant de l’Euroflir 410 sur ses appareils, à l’image du Guépard issu du programme HIL. « Si Safran venait à vendre son DAS pour le Guépard, nous n’aurions qu’à réaliser une évolution logicielle », précise Thales. « Et nous pouvons bien entendu également l’adapter à d’autres [caméras] », ajoute l’industriel. Agnostique de l’appareil, le TopOwl DD l’est aussi de ses capteurs. La manoeuvre ne nécessitera seulement d’adapter l’interface, en témoigne le viseur de toit Euroflir 510 retenu pour le Tigre rénové.

Le casque TopOwl DD n’est pas figé. Thales lui consacre une feuille de route annonçant des évolutions à moyen et long termes. L’ajout d’un système de vision synthétique (SVS) notamment, une option proposée pour afficher une symbologie plus complexe et mieux restituer les reliefs, obstacles et autres infrastructures rencontrés. L’ajout de couleurs ensuite, « très utiles pour discriminer la symbologie ». Une symbologie que l’entreprise imagine étendue aux drones pour, par exemple, restituer plus fidèlement leur trajectoire. Cette collaboration entre drones et hélicoptères ou MUM-T, la fonction PIP du casque pourra y contribuer en prenant en charge le flux vidéo en provenance d’un autre aéronef, habité ou non. Et Thales étend le champ jusqu’à imaginer un lien direct avec le capteur de tête d’une munition téléopérée ou de n’importe quel « Air-Launched Effect » (ALE). L’idée ne manquera pas de retenir l’attention des équipages à l’heure où le Tigre et le NH90 sont au centre de réflexions portant justement sur l’intégration de ces ALE. 

Crédits image : Thales / E. Raz