Belgique : des contrats notifiés pour renforcer en urgence le bouclier anti-drones

Share

Plusieurs contrats ont été notifiés par la Défense belge pour construire un début de bouclier anti-drones, domaine dans lequel les lacunes ont été mises en lumière par le survol d’infrastructures critiques par des drones non identifiés. L’un d’entre eux relève de l’achat de radars Giraffe 1X auprès du groupe suédois Saab.

Le sujet n’est plus une, mais ces incursions de drones potentiellement malveillants restent une menace prégnante en Belgique. L’enveloppe de 50 M€ que celle-ci a débloqué en urgence en matière de LAD commence néanmoins à porter ses fruits. Quatre marchés se sont matérialisés jusqu’à présent pour des systèmes de détection et de neutralisation, tous conclus sans recourir à des mises en concurrence « incompatibles avec l’urgence résultant d’une crise ». 

Dernier exemple en date, l’acquisition de radars de surveillance de courte portée Giraffe 1X pour plus de 9 M€. Le nombre de systèmes n’est pas détaillé, mais le choix de la Défense porte sur une version « Compact Radar Module » (CRM) dévoilée en juin 2024 à l’occasion du salon de défense parisien Eurosatory. Ce système tout-en-un repose sur un radar 3D dont l’antenne active (AESA) permet la détection à 360° dans un rayon de 75 km. Le tout, selon Saab, pour une masse inférieure à 150 kg facilitant son intégration sur des véhicules légers. Il peut être mobilisé pour un éventail de missions, à commencer par la surveillance des infrastructures aéroportuaires contre les micro et mini-drones.

Un second marché de plus de 10 M€ attribué à Senhive est également orienté vers la détection de drones. Ni le système, ni le nombre d’unités ne sont connus, mais le catalogue de l’entreprise flamande repose notamment sur des solutions SENID/SENID +. L’antenne omnidirectionnelle de la seconde permettrait, selon son constructeur, de détecter des drones commerciaux dans un rayon de 25 km en environnement ouvert et de 10 km en zone urbaine. Des moyens que Senhive a pu démontrer lors de l’exercice XLAD 25 conduit cette année par l’armée de l’Air et de l’Espace. 

Ce recours aux technologies proposées par Senhive pourrait faire écho à l’un des axes d’effort d’un plan présenté le mois dernier aux députés de la commission de la Défense nationale. L’un des axes poursuivis consiste justement à « installer des antennes de détection de radiofréquences pour l’ensemble des quartiers militaires », indiquait alors le chef de la Task Force « Drones et Innovation » de la Défense, le général Michel Van Strythem.

Un troisième contrat relève cette fois de la troisième ligne d’effort du plan lancé en urgence, à savoir celle portant sur l’opérationnalisation du centre national de sécurité aérienne (NASC) installé sur la base aérienne de Beauvechain. Ce « NASC 2.0 » doit à terme intégrer les données en provenance d’autres acteurs de la défense tels que Skeyes, la police fédérale et les douanes. Cette intégration, c’est l’enjeu sous-jacent de ce marché de près de 9 M€ attribué mi-novembre à e-BO Entreprises. La société d’Ypres sera chargée de l’installation et de la maintenance d’une plateforme d’intégration au sein du NASC « dans le cadre du système de lutte contre les drones (C-UAS) ». 

La Défense belge a par ailleurs acquis de nouveaux systèmes de neutralisation auprès de DroneShield. Annoncé par l’ambassade de Belgique à Canberra, le contrat s’élève à 2,8 M€. Ici aussi, pas de données précises sur le système retenu mais les militaires belges utilisent déjà le système portatif DroneGun Mk 4 de l’entreprise australienne.

Ce socle limité doit à terme être complété d’une capacité pérenne et évolutive. Celle-ci se concrétisera au travers d’un partenariat stratégique innovant. Valorisé à 500 M€, l’effort était, début novembre, au stade de la demande d’accord préalable. Un appel d’offres est attendu courant 2026 pour des premiers effets « visibles au cours du premier semestre de l’année 2027 », estimait le général Van Strythem. Limitée aux industriels européens et de l’OTAN, la compétition doit déboucher sur un accord-cadre de 12 ans conclu avec un consortium à l’ancrage nécessairement national. À charge de ce dernier d’adapter ensuite les solutions retenues afin d’anticiper au mieux l’évolution de cette menaces.