AiBT, une lueur d’espoir pour le fret militaire hors gabarit

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Deux ans après son lancement sous forme de service, l’offre de transport hors gabarit d’Airbus s’est transformée il y a peu en une véritable compagnie aérienne. Un nouvel acteur dont les moyens et l’expérience pourraient servir d’embryon de réponse au besoin exprimé de longue date par les armées européennes. 

Développer le portfolio de charges utiles

Certification en poche, Airbus Beluga Transport (AiBT) opère désormais en tant qu’entreprise de transport autonome. Basés sur l’aéroport de Francazal, près de Toulouse, les trois avions Beluga transférés depuis Airbus Transport International seront rejoints cette année par un quatrième appareil. À terme, l’objectif d’AiBT sera d’en opérer cinq en simultané partout dans le monde.

« En bref, nous avons désormais les avions, le personnel et les installations – ainsi que le certificat. Nous pouvons donc désormais effectuer des missions en tant que notre propre compagnie aérienne ! », s’est félicité le directeur d’AiBT, Benoît Lemonnier, dans un communiqué publié lundi par l’avionneur européen. 

L’heure est désormais à la consolidation de l’expérience opérationnelle. Entamés en novembre dernier, les premiers vols se limitent au réseau intra-européen d’Airbus. Contractualisées en interne, ces missions courtes vont permettre à AiBT d’éprouver les procédures et d’entraîner le personnel avant de revenir à son coeur de métier, les vols long-courriers. 

L’un des autres enjeux poursuivis par AiBT sera d’élargir la gamme de charges utiles certifiées pour répondre aux besoins des clients externes. « Jusqu’à présent, nous avons livré des charges utiles principalement pour Airbus Helicopters et Airbus Defence and Space en 2022/2023 et nous allons élargir notre clientèle en 2024 », indique Benoît Lemonnier. Ce processus s’accélère grâce aux investissements supplémentaires consentis pour certifier de nouvelles charges sur le BelugaST, effort nécessaire pour s’ouvrir à « un marché significatif ». 

La réponse à une lacune critique ?

Des satellites aux éléments de fusées et de l’aide humanitaire aux équipements industriels, le périmètre présenté cette semaine par AiBT n’évoque pas explicitement les matériels militaires. Ce débouché est en quelque sorte déjà effectif de par la livraison d’hélicoptères neufs par l’intermédiaire de ses gros porteurs. L’emport d’appareils militaires en service avait par ailleurs été expérimenté dès 2022 au moyen d’un système de chargement ad-hoc. Développé par ADS, cet outil avait été testé conjointement avec son premier client – l’armée allemande – sur base d’un hélicoptère lourd CH-53G. 

C’est pourtant peu dire si, dans le domaine militaire, « la demande de capacités de fret aérien surdimensionnées est en hausse », déclarait en septembre 2022 le PDG de la division ADS, Michael Schoellhorn. « Les capacités sont limitées et, compte tenu des évolutions géopolitiques actuelles, de nombreux clients recherchent de nouvelles solutions rapides et efficaces. C’est exactement ce que nous proposons avec notre flotte BelugaST ».

Avec 47 tonnes d’emport pour le BelugaST et 53 tonnes pour son successeur, le BelugaXL, l’offre d’AiBT participerait en effet à combler une lacune majeure identifiée depuis longtemps par les états-majors et encore renforcée dès les premières semaines du confit russo-ukrainien. Les combats ont en effet réduit la flotte d’avions Antonov régulièrement mobilisée par les armées européennes, créant « un déficit de capacité stratégique imminent dans les années à venir, sans aucune solution claire pour le remplacer », estime la Commission européenne. 

L’annonce d’Airbus s’avère concomitante du décollage du programme « Strategic Air Transport for Outsized Cargo » (SATOC) adopté en 2021 dans le cadre du dispositifs européen de Coopération structurée permanente (CSP). Conduit par l’Allemagne et rejoint par la France, SATOC vise à garantir l’autonomie européenne dans ce segment critique pour la mobilité militaire. Le projet propose dans un premier temps d’identifier et d’évaluer toutes les pistes possibles, dont celles du recours à un opérateur privé et de l’adaptation de solutions existantes. 

L’harmonisation des besoins devait en théorie être achevée l’an dernier, phase qui sera suivie à l’horizon 2026 d’un accord autour d’une solution européenne et du lancement du projet subséquent. Le sujet SATOC a entre temps intégré la dernière vague d’appels à projets lancée par la CSP. Ouverte en juin 2023, celle-ci s’est clôturée en novembre dernier. Les résultats devraient en théorie être annoncés à l’été prochain, avec une enveloppe européenne de 20 M€ à la clef pour SATOC. Difficile de croire qu’Airbus n’y jouera pas un rôle central. 

Crédits image : Airbus