14 millions d’EUR d’aide militaire française pour le Liban

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100 missiles antichars HOT, simulateur, maquettes pour l’entraînement, pièces de rechange, outillage, équipements et formation pour titreurs d’élite, troupes de montagne et force d’intervention rapide, sans oublier la lutte contre les IED, fléau croissant dans les conflits asymétriques… Le ministre libanais de la Défense, Yacoub Sarraf, s’est vu promettre une fameuse aide de la part de la France, formulée par Florence Parly, ministre des Armées, le 8 mars à Paris. Valeur du cadeau : 14 millions d’euros. Objectif annoncé ? Contribuer à la stabilisation du pays qui subit diverses conséquences du conflit syrien et, plus généralement, de l’aggravation des tensions au Moyen-Orient.
 

L’aide militaire française au Liban consistera en matériel et formations (source: ministère des Armées)


Le pays du cèdre est, depuis des décennies, l’arène où se déroulent des luttes d’influence entre des grandes puissances régionales. Au milieu de ce marasme où la crise des réfugiés syriens n’arrange rien, il tente tant bien que mal de maintenir une paix instable et de consolider ses institutions, surtout après la crise – très médiatisée – de novembre 2017, lorsque le Premier ministre Saad Hariri a démissionné contre toute attente en réaction aux actions déstabilisatrices de l’Arabie saoudite sunnite et de l’Iran chiite (démission retirée depuis lors, notamment grâce à l’intervention du président Macron).
 
Le 15 mars aura lieu, à Rome, une conférence internationale qui visera à aider les forces de sécurité libanaises dans le rôle crucial qu’elles doivent jouer au quotidien et, plus encore, aux prémices du 6 mai prochain lorsque, pour la première fois depuis neuf ans, des élections législatives devraient se tenir dans un climat que l’on espère suffisamment calme pour permettre un déroulement correct et l’annonce de résultats respectés par tous.
 
L’équilibre communautaire de ce pays, déjà fragile, est encore davantage menacé par la présence d’environ 1,5 million de réfugiés syriens, comme évoqué plus haut. Pour tenter de sauvegarder les acquis, la France peut jouer un rôle traditionnellement apprécié. L’aptitude de l’armée libanaise à jouer son rôle devrait se trouver renforcée grâce à l’aide de Paris. La ministre Parly y tient.
 
C’est un exercice d’équilibriste car il ne suffit pas d’offrir matériel et formations pour que l’armée libanaise soit renforcée. En effet, cette armée incarne par excellence l’institution multiconfessionnelle du Liban; à ce titre, elle bénéficie d’un soutien très large de la part de la population. Mais ce soutien est fragile à cause du risque d’une polarisation djihadiste dans certaines régions du pays : chassés de Syrie et d’Irak, les combattants de Daesh se rabattent sur de nouvelles cibles, tant dans la région qu’ailleurs dans le monde.
 
En ce qui concerne le Liban, il existe un risque d’instrumentalisation de la communauté sunnite, en particulier des réfugiés sunnites provenant de Syrie. Du côté de l’autre pôle d’interventionnisme extérieur, le Hezbollah, acteur politique important au Liban, constitue le relai chiite très puissant de l’Iran dans la région. Sa présence massive dans un pays où, en plus de la population autochtone, vivent désormais des réfugiés syriens sunnites ne rassure pas…
 
L’aide militaire de la France intervient donc à un moment très opportun pour aider le gouvernement libanais à préserver l’équilibre instable qui prévaut encore dans ce splendide pays trop souvent utilisé comme champ de bataille entre factions internes et étrangères. L’Union européenne tout entière semble d’ailleurs engagée dans un rôle plus actif avec ce même objectif d’intérêt mutuel.