De 40, la cible de systèmes de drones tactiques inscrite dans le projet d’actualisation de la loi de programmation militaire est passée à 80 à horizon 2035, résultat d’un amendement validé malgré les vents contraires du ministère des Armés. Le processus d’adoption du texte est néanmoins grippé par un différend entourant le degré d’ambition budgétaire.
Soutenu par le sénateur de la Charente, François Bonneau (UC), cet amendement « fixe une trajectoire de montée en puissance cohérente avec les enseignements des conflits récents ». Dans sa version initiale, le projet de loi maintenait en effet un parc d’ « au moins 40 systèmes » entre 2030 et 2035, « un niveau initial déjà insuffisant au regard des besoins d’un engagement de haute intensité », estime le sénateur.
« Le RETEX Ukraine montre que les armées engagées consomment plusieurs centaines de drones tactiques par semaine. Avec 40 systèmes en parc total, la France ne dispose pas d’une capacité de volume compatible avec un engagement durable », estime la vingtaine de sénateurs signataires. C’est pourquoi l’amendement entérine un doublement de la cible à horizon 2035, effort théoriquement alimenté grâce à la surmarche de 2 Md€ promise pour accélérer la dronisation des armées.
La proposition allait à l’origine un cran plus loin en portant le parc à 80 unités dès 2030 et 160 en 2035. Un compromis a finalement été trouvé « tout en rappelant qu’il s’agit de minimums ». « Ce minimum pourra être réévalué en tant que de besoin. Ces systèmes-là n’auront pas une obsolescence rapide », précisait François Bonneau.
« Le rapport annexé reste ouvert sur les cibles finales de la flotte mixte de SDT et SDT légers, car la flotte doit être renouvelée dans une logique de flux. Plus la technologie évolue, plus il faut être souple », déclarait pour sa part la ministre des Armées, Catherine Vautrin. Si celle-ci partage la logique de « cible plancher », son avis défavorable s’explique entre autres par une flotte qui « évoluera graduellement en fonction des besoins des unités ».
SDT ou SDTL, difficile de dire quelles solutions succéderont à cet unique « système de drone tactique expérimental » appelé à le rester et à répondre au besoin d’un système « léger ». Seule certitude à ce jour, une partie des futurs SDTL équiperont également l’armée de l’Air et de l’Espace et la Marine nationale. Côté armée de Terre, la logique apparement retenue visera à remplacer le SDT par un drone d’appui dans la profondeur tout en complétant celui-ci de SDTL acquis en urgence opérationnelle.
Deux programmes d’acquisition ont été lancés début 2026. ADAPT, d’une part, vise à constituer une capacité initiale de drone d’appui dans la profondeur. De l’autre côté, SDLRAT correspond peu ou prou à la définition d’un SDTL, segment dans lequel 30 systèmes devraient en théorie être commandés en 2026. Une fois combinés, les deux objectifs s’approchent par ailleurs du plancher désormais inscrit en LPM.
Augmentation ou non de la cible, sa matérialisation reste soumise à l’approbation finale du texte et, faut-il le rappeler, à sa traduction effective en lois de finances initiales successives. Hors, le projet de loi est pour l’instant dans l’impasse. En cause, le rejet de l’article 2, celui prévoyant l’ajout de 36 Md€ aux annuités fixées pour 2024-2030. Une rallonge jugée insuffisante par une partie de l’hémicycle, désireuse d’y ajouter 14 Md€ pour progresser vers une trajectoire cohérente des enjeux sécuritaires actuels et à venir. Traduit en chiffre, un tel effort consisterait à injecter 500 M€ de plus l’an prochain, puis 6,7 Md€ supplémentaires par an jusqu’en 2030.
Une question reste néanmoins sans réponse : « quelles ressources dégageons-nous pour augmenter le budget de 14 milliards d’euros, pour atteindre 50 milliards ? », rappelait une ministre des Armées rejointe par une majorité de sénateurs. « Pourquoi nous limiter à 50 milliards ? Allons à 100 ! La réalité nous rattrapera beaucoup trop vite. Le respect que nous avons pour nos militaires et nos industriels nous impose de limiter nos ardeurs », poursuivait-elle.
De fait, si chacun sait comment utiliser d’éventuels fonds supplémentaires, personne ne se risque à en déterminer la provenance. Une seconde délibération du projet d’actualisation reste possible sur demande du gouvernement ou de la commission saisie au fond. Le cas contraire, il reviendra à une commission mixte paritaire de statuer sur l’article litigieux.
Crédits image : Safran E&D