Un tir peut en cacher un autre du côté de Thales et ArianeGroup, l’un des deux duos en lice pour offrir un successeur aux lance-roquettes unitaires (LRU) de l’armée de Terre. Leur munition FLP-t 150 désormais démontrée, c’était au tour du lanceur X-Fire développé avec Soframe de passer son baptême du feu. C’est chose faite depuis le 20 mai et une série de tirs réalisés à partir d’une munition d’entraînement.
En attendant une munition FLP-t 150 opérationnelle d’ici 2030, c’est avec une roquette à induction de 68 mm X-Fum que ces tirs ont été menés. Éprouvée sur l’hélicoptère d’attaque Tigre, cette capacité unique permettra aux forces de « s’approprier le lanceur dès à présent, dans le cadre d’une phase de transition ». La séquence n’est pas davantage détaillée, mais « ce tir réussi démontre la performance du lanceur et nous nous préparons, d’ores et déjà, à la montée en cadence de sa production », a déclaré Julien Assoun, vice-président Véhicules et systèmes tactiques au sein du groupe Thales.
Derrière sa polyvalence lui permettant d’opérer des munitions étrangères, le lanceur X-Fire repose sur un châssis Zetros « compatible avec la flotte logistique de l’armée de Terre », note Thales. De fait, la famille Zetros est aussi celle retenue pour répondre au principal incrément du programme de flotte tactique et logistique terrestre, celui portant sur les poids lourds de classe 6 tonnes (PL6T). Les communalités techniques permettront de créer des synergies en matière de soutien et de réduire au final les contraintes liées aux micro-parcs.
Thales et ArianeGroup ont également étendu la question de la résilience en environnement électromagnétique contesté à l’ensemble du système. Tout comme la munition FLP-t 150, le porteur bénéficie d’un récepteur GNSS anti-brouillage TopStar Smart Receiver cette fois complété d’une centrale inertielle TopAxyz.
Ce jalon est franchi sur fond d’intensification de la compétition pour l’après-LRU. Longtemps resté sous les radars, le géant américain Lockheed Martin est sorti du bois en poussant une offre basée, sans surprise, sur le HIMARS et sur un calendrier de livraison accéléré. Reste à voir si une telle promesse pourra être tenue au vu des retards constatés auprès de clients de longue date.
Les propositions françaises et étrangères en main, il s’agit maintenant de trancher. Rapidité, coûts, performances et maîtrise industrielle du produit, l’heure est à la négociation dans les rangs de la Direction générale de l’armement (DGA). Le tableau final permettra à la ministre des Armées de trancher avant la pause estivale. « L’objectif est d’avoir un comité ministériel d’investissement cet été, de façon à prendre une décision », déclarait Catherine Vautrin début mai lors des débats entourant le projet d’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030.
Exit l’effort en deux temps envisagé au début. Un achat sur étagère aurait alors répondu au besoin immédiat tandis qu’une solution nationale devait émerger en parallèle pour lui succéder à terme. Ce temps est révolu. La demande est forte, les carnets de commande s’allongent autant que les délais de livraison et l’écart entre l’existant et un nouveau développement tend à se réduire, observait la DGA la semaine dernière. L’argument pesant visiblement moins lourd qu’auparavant, le gagnant empochera donc l’ensemble de la mise.
Les premières discussions sur l’actualisation de la LPM n’auront pas fait bouger les lignes. Les quelques amendements visant à privilégier la souveraineté ou à augmenter la cible sont restés lettre morte : l’objectif est maintenu à entre 13 et 26 lanceurs en service pour 2030. La compétition demeure également ouverte tant aux solutions françaises qu’à celles en provenance de l’étranger. L’investissement a néanmoins été évalué à 500 M€ par la ministre des Armées, contre 600 M€ alloués dans la mouture initiale de la LPM.
Une autre fenêtre de tir s’ouvre bientôt au Sénat, notamment exploitée par le président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées et sénateur du Territoire de Belfort, Cédric Perrin. Défenseur d’une solution souveraine, ce dernier propose par voie d’amendement de rehausser l’ambition à 26 lanceurs – et pas un de moins – livrés en 2030 avant de progresser jusqu’à 52 unités à horizon 2035.
Si l’objectif actualisé est potentiellement atteignable industriellement parlant, une part d’inconnu subsiste quant à son financement. Les coûts pourraient effectivement être supportés « par l’ajout de 14 milliards d’euros sur la période 2026-2030 à la trajectoire budgétaire ». Mais, à enveloppe fermée, l’accélération exigerait forcément de nouveaux arbitrages. Comme le rappelait quelques jours plus tôt le député LR et rapporteur pour le projet d’actualisation Jean-Louis Thiériot au sujet du successeur du LRU, « en faudrait-il plus ? Bien sûr ! Peut-on le décider dans ce texte, dont l’objet n’est pas de déterminer le nouveau format des armées ? La réponse est non. Ou alors, il faut indiquer ce qu’on ne dépense pas de l’enveloppe prévue, qui on dépouille ».
Crédits image : Thales