Après la lutte anti-drones, la Défense belge envisage un autre accord-cadre innovant visant cette fois à renouveler et renforcer sa protection face aux menaces NRBC*. Le développement continu, l’innovation et l’ancrage national sont à nouveau présentés comme des critères primordiaux.
L’effort n’en est qu’au stade de la demande d’information, mais le cap est plutôt clair. Pour la Défense belge, il s’agira de se doter d’une nouvelle capacité NRBC apte à protéger une force qui, si le recrutement suit, devrait rassembler près de 50 000 militaires d’active et de réserve à l’horizon 2035.
L’ampleur de l’investissement n’est pas connue, mais la Vision stratégique inscrit le domaine NRBC à plusieurs endroits correspondants à autant d’enveloppes. Ce sont, par exemple, plus de 52 M€, pour muscler une sous-capacité relevant de la protection des forces. Ou encore cette ligne de 226 M€ prévue pour, entre autres, renouveler ce segment au sein de la capacité motorisée de la Force Terrestre. Ou encore une partie de ces 78 M€ alloués aux escadrilles de protection de la Force Aérienne.
Le projet se focalisera dans un premier temps sur l’acquisition de systèmes de détection, d’identification et de surveillance (DIM), « le besoin opérationnel le plus urgent identifié à ce stade ». Une vingtaine d’outils sont aujourd’hui en service dans les unités belges, dont des détecteurs chimiques Chempro 100i et X du groupe Bertin et AP4C et S4PE de Proengin. Deux fournisseurs parmi d’autres dont les solutions sont citées à titre d’exemple pour venir compléter l’arsenal belge.
Les deuxième et troisième phases se concentreront sur les équipement de protection individuels – masques à gaz, tenues et autres respirateurs – et sur la protection collective, des postes de commandement aux véhicules et infrastructures fixes et mobiles.
La Belgique envisage pour l’instant un modèle incrémental, « évolutif et durable ». Ce futur partenariat laissera une place centrale aux activités de R&D en cherchant au passage à mobiliser la filière belge. L’un des enjeux consistera en effet à adapter les capacités en continu, en tenant compte de l’évolution des menaces et des retours d’expérience. Il existe quelques entreprises auxquelles se raccrocher côté belge. C’est le cas de Seyntex, qui développe des textiles propres au domaine NRBC depuis plus de 30 ans. Le groupe lyonnais Ouvry pourra quant à lui s’appuyer sur une filiale bruxelloise ouverte en 2022.
Le modèle n’est pas sans rappeler celui privilégié pour ce programme majeur de lutte anti-drones, auquel la Défense prévoit d’allouer environ 1,1 Md€ sur 10 ans. Lui aussi doit se matérialiser au travers d’un partenariat de long terme favorisant l’ancrage local. Près de 140 candidats potentiels ont participé à la session d’information du 14 avril, dont une dizaine d’entreprises françaises ou leur filiale belge. La notification d’un accord-cadre est théoriquement attendue pour le second semestre de 2027.
Au vu de l’étendue et de la complexité du projet NRBC, la Défense prévoit d’ores et déjà une session d’information au cours du prochain trimestre. Elle sera suivie du lancement d’une compétition en bonne et due forme. Un contrat pourrait être notifié fin 2027, ouvrant la voie aux travaux portant sur les systèmes DIM dans les premiers mois de 2028. Ceux portant sur les systèmes de protection individuels et collectifs se concrétiseront par la suite.
NRBC* : nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique
Crédits image : Défense belge / Gert-Jan D’Haene