La famille Akeron s’agrandit à nouveau. Après les missiles antichars et les munitions téléopérées, MBDA planche cette fois sur un missile lancé depuis le canon de 120 mm d’un char de combat, annonce le groupe européen à l’occasion du salon de défense londonien DSEI.
Non, le char n’est pas mort. « Le nombre de chars qui composent votre flotte reste une métrique vitale », notait MBDA lors d’une présentation en amont de DSEI. Non seulement aucune armée n’en exclut l’usage, mais une part non négligeable de nations de l’OTAN modernise, complète ou reconstruit cette capacité. Mais si « la guerre en Ukraine a démontré que le char de combat demeure central pour la capacité des forces terrestres à prendre l’ascendant sur leur adversaire », celui-ci n’exploite pas nécessairement toute sa force de frappe faute de munition adaptée. C’est ici que l’Akeron MBT 120 intervient.
Ce qu’offre l’Akeron MBT 120, « c’est de rehausser les capacités des plateformes existantes ». Son principal atout ? Amener une capacité de tir au-delà de la vue directe (TAVD) à l’équipage « sans acheter un nouveau lanceur ou investir dans de nouvelles flottes ». MBDA promet en effet un sursaut capacitaire majeur pour un coût d’intégration « vraiment très bas ». Ainsi, les dimensions du missile respectent parfaitement le STANAG 4385, cette norme de l’OTAN qui définit la compatibilité d’un obus de char avec les canons à âme lisse de 120 mm. Sa masse est elle aussi similaire, autour de 20 à 25 kg.
Tout se passe dans la tourelle. Tant le stockage que le chargement du missile ne diffèrent pas des munitions existantes. Pas d’impact donc sur la logistique, le maintien en condition opérationnelle ou sur les réflexes de chargement acquis de longue date par l’équipage. Exit également toute modification structurelle du char, un atout qui aura au passage le mérite de susciter le doute dans les rangs adverses sur l’origine exacte du tir.
Cet Akeron misera sur un système EO/IR passif pour le suivi d’objectif. Un choix qui permet au passage de « flouer » les systèmes d’autoprotection active conçus autour de détecteurs laser comme le Shtora russe, tandis que la capacité « top attack » exploitera ce qui reste un point faible des véhicules blindés : leur toit. Une fois la calibration et les données de ciblages transmises au missile, le lancement – plutôt que le tir – s’effectuera sur base du système d’initiation déjà présent dans la culasse. Ni poudre, ni déclenchement « classique » donc, mais une propulsion assurée par un moteur de roquette qui permettra à la munition d’atteindre le bas du spectre supersonique. Le tout en orientant les choix techniques vers des sous-systèmes moins durcis car soumis à des pressions moindres, et au final moins complexes donc plus rapidement disponibles et plus abordables.
MBDA restera discret sur la charge militaire, mais « ce missile ne doit pas seulement neutraliser les chars mais toute plateforme ennemie présentant une menace significative pour les forces amies ». La portée théorique maximale n’est pas annoncée mais « correspondrait à la ligne de visée dont sont aujourd’hui équipés les chars de combat ». Un ligne de vue que MBDA estime à 5 km dans des conditions idéales – donc rarement rencontrées sur le champ de bataille – et que l’Akeron MBT 120 entend pleinement exploiter.
Capacité TAVD oblige, le ciblage pourra dépendre des « yeux déportés » disponibles, qu’il s’agisse d’un drone, d’un autre véhicule, d’unités de reconnaissance ou de n’importe quel combattant en mesure de transmettre les données nécessaires. La capacité « tir et oublie » de l’Akeron MBT 120 augmente par ailleurs la survivabilité du char en permettant à celui-ci de décamper aussitôt un missile, voire deux missiles tirés. Son équipage augmente par là la probabilité d’éviter l’éventuelle riposte ennemie, qu’importe son origine.

S’il est présenté comme une munition « de masse », l’Akeron MBT 120 restera forcément plus onéreux à l’unité qu’un obus standard. Le débat est ouvert, et il appartiendra à l’utilisateur de définir la solution amenant la quasi certitude de neutraliser une plateforme adverse valant plusieurs dizaines de millions d’euros tout en restant hors de portée. MBDA travaille cependant à réduire la facture en misant au maximum sur des briques disponibles sur étagère ou dans les arsenaux.
Ce missile n’apparaît pas par hasard. Car, pour MBDA, « les chars sont encore limités à un engagement à ligne de vue (…) Si vous regardez le conflit en Ukraine, environ 90% des engagements ont lieu en dessous de 1500 mètres. Plus de 60% de la capacité létale du char est donc inutilisée ». Leur portée effective atteint donc rarement son maximum, « ce qui restreint l’effet qu’ils sont en mesure de générer sur le champ de bataille ».
« La manière d’opérer ces chars évolue », relève MBDA, qui parie sur de nouveaux usages constatés sur le front russo-ukrainien. « Nous voyons de plus en plus de chars augmenter les attaques de type TAVD, et il le font en tirant ‘à l’aveugle’ des obus hautement explosif [HE] et airburst souvent en tandem avec des drones d’observation », précise le groupe. L’Akeron MBT 120 trouve ici tout son sens de par sa capacité à exploiter toute la portée du char tout en amenant la précision et en s’astreignant des limites de la topographie et de la complexité du terrain.
Le calendrier dépendra de l’intérêt des clients potentiels. MBDA vise néanmoins une entrée en service « d’ici quelques années », là aussi en misant sur des briques disponibles. Si toutes les étoiles s’alignent, un premier tir de démonstration pourrait être réalisé dès l’an prochain.
Crédits image : MBDA