Décollage réussi pour le Nimbrix, ce missile conçu par Saab pour densifier le maillage anti-drones des forces armées. Une solution à mi-chemin entre deux couches de protection existantes et pour laquelle le groupe suédois envisage une production de masse en s’appuyant au passage sur l’industrie des pays clients.
Entre le canon anti-aérien peu onéreux mais limité en portée et le missile très courte portée (VSHORAD) précis mais cher donc disponible en quantités limitées, il y a, semble-t-il, un espace à combler dans la couche inférieure de la lutte anti-drones (LAD). C’est tout l’enjeu du Nimbrix, ce missile dévoilé ce jeudi par Saab pour répondre à « ce besoin d’un catalogue d’intercepteurs plus diversifié pour contrer le grand nombre de drones différents sur le champ de bataille d’aujourd’hui », nous expliquait Mats-Olof Rydberg, vice-président marketing et ventes de la division « Missile Systems » de Saab Bofors Dynamics, lors d’un échange avec la presse spécialisée.
Entamées dès 2022 sur fond de conflit russo-ukrainien, les réflexions aboutissent sur un missile de moins de 1 mètre pour 2,5 à 3 kg. Deux fois moins grand que son « grand frère », le RBS 70, ce poids plume est néanmoins taillé pour traiter des cibles manoeuvrantes, qu’elles soient isolées ou opèrent en essaim. Cette solution de type « tire et oublie » repose pour cela sur un autodirecteur infrarouge « de base » en attendant d’avancer dans une feuille de route qui prévoit d’autres systèmes de suivi de cible. Sa portée ? Entre 2 et 5 km selon le besoin du client, au-delà de l’armement moyen calibre en service dans les unités de lutte anti-drones.

Présenté comme une solution anti-saturation, le Nimbrix embarque une charge militaire d’un diamètre de 40 mm déclenchée via une fusée de proximité. Sa masse reste sous le sceau du secret, complète Saab tout en assurant étudier plusieurs alternatives. Officiellement dévoilé début septembre lors du salon de défense londonien DSEI, ce mini-missile se devra avant tout d’être fiable. « Un missile, un kill », résume Mats-Olof Rydberg.
Avec de telles caractéristiques, le Nimbrix pourra a minima être tiré depuis un lanceur multiple sur trépied. Saab le destine également à une intégration sur un tourelleau téléopéré lui-même embarqué sur un véhicule tactique ou un robot terrestre. Exemples avec le tourelleau « maison » Trackfire ou encore avec ce lanceur RBS 70 NG sur lequel six à huit Nimbrix peuvent être accolés aux trois missiles déjà installés. Un volume qui, une fois ces derniers retirés, peut grimper à 12 ou 16 missiles Nimbrix. Il pourrait ainsi être facilement ajouté au système de défense sol-air lui MSHORAD acquis par plusieurs pays, à l’instar de la Suède, de la Lituanie et, plus récemment, de la République tchèque.
« L’un des défis les plus importants en matière de LAD relève simplement du peu de temps disponible pour contrer les drones. (…) De la détection à l’effet, c’est parfois une question de secondes », rappelait Angelica Persson, Senior Business Developper C-UAS au sein de Saab. C’est pourquoi le Nimbrix est pensé comme un effecteur dans un ensemble visant à raccourcir la boucle détection-décision-neutralisation. Difficile, en la matière, de ne pas aussitôt faire le lien avec le système anti-drones « Loki » sur lequel Saab planche depuis un moment. Conçu en collaboration avec l’armée de l’air suédoise, Loki reprend la logique du système de systèmes adoptée pour le MSHORAD et par d’autres entreprises comme Thales ou MBDA : un radar 3D Giraffe 1X, un logiciel C2 pour la fusion et la restitution des données, plusieurs autres capteurs et plusieurs effecteurs « hard kill » ou non, dont le tourelleau Trackfire Ares et son canon de 30 mm. Un éventail d’options appelé à être renforcé du Nimbrix.
Seulement 84 jours, c’est le temps qu’il aura fallu pour basculer du concept à l’évaluation concluante sur le terrain, notait Saab en mars dernier. Depuis, Loki a été éprouvé à plusieurs reprises. Dès l’hiver dernier puis lors d’un nouvel essai conduit en juin dans le Götland avec l’armée suédoise. L’occasion pour Saab d’intégrer de nouveaux capteurs, dont des systèmes passifs, électro-optiques et acoustiques. L’occasion également d’ajouter le canon Trident de 40 mm de BAE Systems dans l’éventail d’effecteurs. « Les forces armées ont créé un scénario très complexe incluant autant des essaims de drones et des munitions téléopérées. Cette expérimentation fut un vrai succès », s’est félicité Angelica Persson. La campagne s’est poursuivie ce mois-ci à l’occasion de l’exercice Baltic Trust 25 conduit en Lettonie auprès des forces locales et de l’OTAN.
« Il n’y a pas de solution miracle en matière de défense anti-aérienne, il n’y en a jamais eu et nous pensons qu’il n’y en aura jamais », rappelait . Ni le Loki, ni le Nimbrix n’y font pas exception. Et si intégrer le second dans le premier paraît naturel, la manoeuvre exige néanmoins une évolution des mentalités au sein d’états-majors désormais tout autant attachés aux performances qu’à l’atteinte du meilleur rapport « cost-by-kill ». C’est là l’un des autres enjeux de Saab que de parvenir au meilleur équilibre sur le Nimbrix, appelé à rester l’objet d’un développement continu tout en devenant, autant que faire se peut, une solution de masse.

Entre 2022 et maintenant, « le nombre de drones a augmenté significativement, de même que leurs applications. Et leur développement va très vite », pointe Mats-Olof Rydberg. Pour Saab aussi, il s’agit dès lors d’avancer à marche forcée. Lancée l’an dernier, la preuve de concept du Nimbrix s’est progressivement enrichie au gré des cinq tirs d’essai réalisés depuis, tous dans la fourchette basse de la portée théorique. Financée sur fonds propres, cette méthode en spirale a permis d’atteindre un niveau de maturité technologique que Saab estime proche de TRL 6.
« Nous travaillons vraiment rapidement et en restant proches du terrain », poursuit Mats-Olof Rydberg. Des sprints successifs donc, loin d’une temporalité qui se compte généralement en années dans ce segment. Mais le Nimbrix est un programme vivant et, s’il est bien question d’une mise sur le marché dès l’an prochain, son développement conserve des airs de marathon. Car la menace évolue à grande vitesse et le Nimbrix devra s’adapter en conséquence.
« Nous prévoyons un développement continu de ce produit », note le représentant de Saab. Le logiciel, par exemple, doit bénéficier d’améliorations continues afin de pouvoir proposer de nouveaux algorithmes de guidage. Idem pour la charge militaire, l’autodirecteur et pour les scénarios d’intégration. La feuille de route prévoit ainsi de dépasser les seules applications terrestres pour étudier l’emport sur drone de combat, sur hélicoptère ou encore sur plateforme navale. Le tout en misant par exemple sur un système Trackfire déjà intégré sur les navires d’attaque rapides de classe CB90 produits en Suède et en service dans la marine suédoise.
« Nous voyons que ce type de capacité devra être déployée en masse dans les forces armées », précise Mats-Olof Rydberg. Les budgets de défense, bien qu’en hausse, ne sont pas infinis et qui dit emploi en masse dit coût unitaire maîtrisé. Saab l’a bien compris et travaille avec ses partenaires pour conserver la facture « à un niveau extrêmement bas ». La phase de développement, entre, autres, a été calibrée dans ce sens. Saab aura ainsi largement eu recours à l’impression 3D pour certaines pièces simples, méthode également synonyme de rapidité et d’agilité. Même son de cloche pour les sous-systèmes principaux. Si Saab conserve la mainmise sur le corps du missile et l’aspect logiciel, le groupe mise sur des charges militaires et des autodirecteurs provenant d’ailleurs mais disponibles sur étagère et en nombre pour entrer dans les clous financièrement parlant.
Bref, « c’est un missile qui pourra être adapté selon le besoin du client », souligne Mats-Olof Rydberg. C’est aussi un missile qui pourra être produit localement. Du moins, partiellement. Le Nimbrix décolle à peine que, déjà, ses concepteur réfléchissent à son industrialisation. Si Saab devrait piloter la production depuis ses sites suédois, « nous envisageons également la possibilité d’avoir un assemblage final et une production du missile au sein des sites clients » tout en gardant en ligne de mire « un très haut degré de sécurité d’approvisionnement ». Le tout, en maintenant cette opportunité pour le client d’intégrer des sous-systèmes « nationaux » sur demande. De quoi gagner en flexibilité s’il fallait, le contexte aidant, augmenter drastiquement les cadences. Et un atout de plus dans un argumentaire que Saab déploie d’ores et déjà auprès d’une sélection de prospects.
Crédits image : Saab