LOADING

Recherche

Export, CaMo, Europe : John Cockerill Defense en ordre de bataille pour rebondir

Partager

John Cockerill Defense ne manque ni d’idées, ni d’ambition. Bousculée elle aussi par la crise sanitaire, la filiale du groupe belge John Cockerill redouble d’efforts pour étoffer son offre, dynamiser son activité en Belgique et à l’export et, in fine, rester dans le peloton de tête du segment terrestre européen.

L’impact limité de la crise sanitaire

Après 18 mois de distanciation sociale, la priorité pour John Cockerill Defense (JCD) est à la reprise d’un contact direct avec la clientèle et les partenaires industriels. Après une accalmie forcée, son directeur commercial, Simon Haye, enchaîne les rendez-vous lorsque nous le rencontrons en septembre lors du salon de défense londonien DSEi.

« Un grand nombre d’activités prévues sur 2020 et 2021 n’ont pas pu se faire. Un exemple très simple avec ce projet au Koweit, où nous devions effectuer une série de tirs cet été dans le désert pour démontrer les capacités de notre équipement. Ces tests ont été annulés en raison des restrictions de voyage ». Des écueils du même type, JCD en a également vécus quelques-uns en Asie. En Indonésie entre autres, où ses équipes techniques n’ont pu apporter le soutien nécessaire à la poursuite de plusieurs contrats en cours.

Quand aux prospects d’avant-crise, « pratiquement tous les pays ont mis leurs projets d’acquisition sur pause. Très peu de contrats ont été passés dans notre domaine », souligne Simon Haye. Le groupe John Cockerill a néanmoins réussi à réaliser un chiffre d’affaires supérieur à 1 Md€ en 2020, résultat en partie porté par le secteur défense. La filiale française Agueris a ainsi été retenue avec RUAG Défense France pour la conception de simulateurs cabines Serket pour l’armée de Terre. Une avancée majeure pour la division défense, qui signe par la même occasion son premier contrat de livraison de matériels avec le ministère des Armées.

Et des pistes à explorer

Cette année, la division défense pourra compter sur quelques gros dossiers permettant de maintenir l’activité à moyen terme. Le chiffre d’affaires devrait malgré tout être en retrait en 2021. La production devrait également diminuer l’an prochain, mais l’incidence sera atténuée par un volet soutien en croissance grâce aux nombreuses livraisons effectuées ces dernières années. 

« Nous espérons bien entendu signer de nouveaux contrats en 2022 qui auront un impact positif à partir de 2023 ». Et de prospects, JCD n’en manque pas. Au Brésil notamment, où l’entreprise se positionne sur un programme d’acquisition d’un nouveau véhicule blindé 8×8.

Toujours dans le segment du gros calibre, JCD compte bien surfer sur le succès déjà acquis par son canon de 105 mm. Celui-ci est notamment proposé en Inde, où Liégeois s’est rapproché de la société locale Larsen & Toubro pour répondre à un projet d’acquisition d’un char léger.

Quant aux tourelles de moyen calibre, un segment dans lequel la concurrence se fait plus intense, JCD joue là aussi sur plusieurs tableaux. « Au Moyen-Orient, comme toujours, avec le Bahreïn, le Koweït et au travers d’une joint venture établie en Arabie saoudite et commençant à soumettre des offres », énumère Simon Haye. La nouvelle tourelle 1030, résultat des retours d’expérience de la solution modulaire Cockerill 3000, pourrait quant à elle adresser des besoins exprimés au Maroc, en Égypte et en Pologne.

Un rôle à jouer dans CaMo

S’il réalise l’essentiel de son chiffre d’affaires à l’export, JCD garde un œil sur le partenariat franco-belge Capacité Motorisée (CaMo). Son volet capacitaire est annonciateur de retombées économiques pour les acteurs locaux. L’opportunité est double pour l’industriel liégeois : l’assemblage final des véhicules et le soutien post-garantie du parc belge.

Dès novembre 2018 et le lancement de CaMo, JCD s’est placé avantageusement en signant un accord de coopération avec le maître d’œuvre industriel désigné par la partie française, le groupe Nexter. Une alliance par laquelle celui-ci prévoit de conclure un accord de sous-traitance portant sur plusieurs prestations.

Le choix du partenaire local pour l’assemblage des véhicules, pourrait être acté dans les prochains mois par Nexter. « Nous avons, sur notre site d’Aubange, tout l’équipement nécessaire pour réaliser l’assemblage, la couche de peinture finale et les inspections », précise Simon Haye.

JCD cherche par ailleurs à s’investir dans le soutien des futures parcs de Griffon et de Jaguar. Il doit pour cela consolider l’outil industriel présent en Belgique. La question d’une participation industrielle dans l’arsenal de Rocourt, situé à quelques kilomètres du siège du groupe, est l’une des pistes à l’étude. Le lieu est bien connu de la société liégeoise, qui y assure actuellement une partie de la maintenance des véhicules blindés de la Composante Terre belge.

Restera, enfin, à répondre aux questions de formation et d’entraînement des équipages belges. Ici encore, JCD pourra miser sur sa filiale Agueris et sur le succès décroché l’an dernier dans le cadre de Scorpion.

Légère, modulaire, compact, la nouvelle tourelle CLWS n’est que le point de départ d’une réflexion lancée par JCD autour du futur VBAE (Crédits : John Cockerill)

Des ambitions européennes

John Cockerill a très tôt compris l’opportunité que représentaient les nouveaux mécanismes de financement de l’industrie de défense européenne, que sont l’Action préparatoire sur la recherche en matière de défense (PADR), le Programme européen de développement industriel dans le domaine de la défense (EDIDP) et, bientôt, le Fonds européen de la défense (FEDef).  

Le groupe liégeois est jusqu’à présent actif au sein de trois consortiums : TALOS (PADR), dirigé par le Français CILAS et qui ouvre la voie aux lasers à haute énergie ; LynkEUS (EDIDP), conduit par MBDA France et centré sur le couplage entre un missile, un drone et une tourelle ; et, enfin, FAMOUS (EDIDP), dirigé par le Finlandais Patria et visant au développement de véhicules blindés de nouvelle génération.

Ces trois projets ne sont qu’un point de départ pour l’industriel, qui prévoit de créer un consortium pour candidater au projet « Unmanned ground vehicle technologies » (UGVT) du FEDef, complémentaire du programme européen iMUGS.

Mais le plus gros morceau  pourrait bel et bien être la perspective d’un développement en coopération du futur véhicule blindé d’aide à l’engagement (VBAE). Le successeur désigné du véhicule blindé léger (VBL) pourrait susciter un intérêt au-delà de l’armée de Terre française. Dans l’hypothèse où la Composante Terre se joindrait à ce programme, JCD se positionnerait alors comme un acteur naturel du fait de  son empreinte belgo-française.

Deux programmes européens pourraient cotiser à la construction des briques technologiques d’un tel projet. FAMOUS 1, déjà entériné, est doté d’un budget de R&D de 9M€ grâce au dispositif EDIDP et débutera en 2021. FAMOUS 2, qui répond à l’appel à projets « Future modular ground vehicle » (FMGV) et est ouvert depuis septembre, relève quant à lui du FEDef avec un budget visé beaucoup plus conséquent.

John Cockerill n’a pas attendu les leviers européens pour plancher sur un système d’arme susceptible d’intéresser le programme VBAE. Cette brique, c’est la tourelle non-habitée et modulaire CLWS (Cockerill Light Weapon Station). Une tourelle capable d’emporter un canon de différents calibres couplé à une mitrailleuse coaxiale, à des missiles antichars guidés ou à des roquettes. Le tout pour un poids limité à 600 kg et un profil compact adapté aux véhicules blindés légers. « Point de départ » de la réflexion, cette solution a fait sa première apparition publique en septembre à Londres sur un véhicule 6×6 de Patria et avec un canon 25 mm. D’autres études ont démarré avec Arquus, sur papier cette fois, « pour démontrer que, même sur un châssis comme le Scarabee, un canon de 25 mm est tout à fait stable et opérable ».

Tags: