Pas le temps d’attendre pour la Suisse, qui étudie officiellement l’acquisition d’un second système de défense sol-air pour compléter des batteries PATRIOT désormais attendues avec plusieurs années de retard. Une carte à jouer pour le système SAMP/T NG d’EUROSAM, candidat malheureux d’une compétition finalisée en 2023 avec le choix de la solution américaine.
Trois ans après son adoption, le PATRIOT suisse navigue maintenant entre retards et surcoûts. Attendues à partir de 2026 à l’origine, « les cinq unités de feu PATRIOT ont été repriorisées par les États-Unis » afin de soutenir l’Ukraine. Résultats : un retard pour l’instant évalué à quatre ou cinq ans et « des coûts supplémentaires significatifs ». Fin 2025, l’Office fédérale de l’armement (armasuisse) avait déjà revu sa planification financière à la hausse, l’investissement gonflant de 2 Md € à plus de 2,3 Md€.
Si, toujours selon armasuisse, « la situation reste difficile » pour ce programme, celui-ci est maintenu mais s’assorti désormais d’une seconde voie. L’achat d’un système supplémentaire est en effet examiné pour renforcer « de manière ciblée » un bouclier anti-aérien « indispensable pour protéger la population, la capacité d’action de l’État ainsi que les infrastructures civiles et militaires critiques », annonçait hier le Conseil fédéral suisse.
La préférence ira cette fois vers une solution européenne ou un non-européenne mais produite en Europe. « En adoptant cette approche parallèle, la Suisse réduit le risque lié aux délais de livraison non confirmés et aux coûts supplémentaires non spécifiables », indiquait hier le Conseil fédéral. « Dans le même temps, un deuxième système renforcerait la protection contre les attaques à distance », indique le gouvernement suisse tout en rappelant que « les systèmes de défense sol-air de moyenne portée (IRIS-T) et de longue portée (Patriot) commandés ne permettront de protéger simultanément qu’un nombre limité d’agglomérations et d’infrastructures critiques ».
Il n’existe qu’un système dans cette catégorie répondant à l’unique critère avancé : le SAMP/T de conception franco-italienne, choisi par le Département de la défense pour illustrer son communiqué d’hier. Celui-ci accumule les bons points ces derniers temps. Retenu par le Danemark et testé avec succès fin 2025, il commence également à être livré aux clients de lancement, la France et à l’Italie. Une première section rénovée vient en effet d’arriver au Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM) de Mont-de-Marsan pour des évaluations opérationnelles, préliminaire à une intégration au sein de l’armée de l’Air et de l’Espace.
« Les experts du CEAM testeront notamment la mise en batterie et la sortie de batterie du système, l’intégration des nouvelles radios de combat CONTACT remplaçant le PR4G, ainsi que les échanges tactiques et de liaison de données avec les centres de commandement (C2) et la chaîne de défense aérienne », détaillait récemment le CEAM.
Le SAMP/T NG a d’autres cartes à jouer. Le Conseil fédéral ne le précise pas, mais le délai serait en toute logique un argument central. Là aussi, EUROSAM, En juin dernier, la co-entreprise formée par Thales et MBDA certifiait pouvoir livrer une première section rénovée 30 mois après la signature d’un contrat. Commandé « aujourd’hui », le SAMP/T NG arriverait théoriquement en Suisse avant le PATRIOT acquis il y a trois ans.
S’ajoutent une empreinte logistique et humaine réduite, la garantie d’une interopérabilité accrue avec les voisins français et italien ainsi que la possibilité de bénéficier des efforts consentis pour accélérer la production des missiles Aster associés au systèmes. EUROSAM vient ainsi d’être notifié par l’OCCAr, pilote du programme au profit des pays clients, pour créer de nouvelles capacités de production en Italie complémentaires de celles installées en France. Le site d’Aulla sera ainsi en mesure d’intégrer les différentes configuration de la famille Aster tandis que celui de Fusaro sera doté des moyens nécessaires pour l’intégration du système de guidage du nouveau missile Aster 30 B1 NT.
Plusieurs inconnues demeurent. Non seulement la Suisse ne détaille pas l’étendue du besoin, mais la question du financement reste au conditionnel. Celui-ci « aurait lieu dans le cadre du budget ordinaire de l’armée », indique la Défense suisse. Le Conseil fédéral a néanmoins une piste : un relèvement de la TVA de 0,8% dès 2028 et durant 10 ans pour générer les 31 milliards de francs suisses (34,3 Md€) dont aura besoin l’armée pour se réarmer. Près d’un tiers de l’enveloppe serait fléchée vers « le développement des capacités pour écarter les menaces les plus probables », à commencer par « les attaques à distance ». Début de réponse d’ici à l’été 2027, horizon fixé par le Département de la défense pour rendre compte au Conseil fédéral.
Crédits image : Thales