Thales retenu pour numériser la Force Terrestre belge

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Une nouvelle mission s’annonce à l’horizon pour Thales Belgium : intégrer la flotte de véhicules en service et des installations de la Force Terrestre belge dans la bulle de numérisation amenée par le programme CaMo, contrat majeur à la clef.

C’est un contrat de plus de 623 M€ que la filiale du groupe français est en train de négocier avec la Défense belge. Présenté mi-mars aux députés puis validé mi-avril par le gouvernement, l’investissement doit permettre de numériser jusqu’à 1800 véhicules blindés, camions et autres matériels en service et non issus du programme SCORPION. L’enjeu ? Garantir l’interopérabilité avec les Griffon, Jaguar, Serval et canons CAESAR acquis par la Belgique au travers de CaMo. 

L’opération entend surtout répondre à un besoin opérationnel urgent, celui de la mise sur pied d’une brigade médiane interarmes à l’horizon 2030 (BIA30). Demandé par l’OTAN, l’effort demande notamment un alignement des systèmes de communication. « Sans cette étape, les véhicules plus anciens resteraient aveugles et sourds lors d’opérations modernes. Grâce à cet investissement, nous veillons à ce que chaque véhicule soit à la page sur le plan numérique », résumait le ministre de la Défense belge Theo Francken au lancement du programme.

Thales livrera et intégrera donc de nouveaux lots de radios SYNAPS, version export de la gamme CONTACT développée pour la France. La logique belge n’est pas sans rappeler le « programme intégration CONTACT » (PIC) conduit côté français. Lui aussi vise à intégrer des équipements CONTACT sur des véhicules non SCORPION de deux BIA. Pour bénéficier des capacités de communication sans rupture d’interopérabilité. Mais si les deux premiers incréments de PIC vont permettre de modifier ou de rétrofiter plus de 2000 véhicules, son pendant belge va un cran plus loin. 

D’autres équipements sont en effet prévus pour maximiser l’interopérabilité entre véhicules SCORPION et « legacy ». C’est le cas de brouilleurs anti-IED et anti-drones ECLIPSE. Pour ce dernier comme pour SYNAPS, le futur contrat viendra compléter les lots parfois acquis dès 2020 et les débuts du programme CaMo. La démarche n’est pas limitée à du matériel « Made by Thales ». Certains seront fournis par la Défense et d’autres encore seront acquis auprès de fournisseurs externes. 

Centraliser le sujet auprès d’un unique prestataire coulait de source pour des militaires confrontés à une montagne de dossiers capacitaires. « Pourquoi nous ? Parce que nous avons été impliqués dans tous les programmes des véhicules livrés à la Défense belge, que ce soient les MPPV, les Pandur ou les AIV. Nous avons l’habitude d’y installer des équipements », nous explique le CEO de Thales Belgium, Alain Quevrin. L’expérience de ses équipes se consolide actuellement au sein de MOL Cy, entreprise flamande chargée de l’assemblage final des Griffon et, bientôt, des Serval belges. La modification des véhicules en service aura quant à elle lieu dans un lieu encore tenu secret.

BIA30, c’est presque demain. Le temps est donc compté. Respecter la planification envisagée suppose de notifier dès cette année ce contrat-cadre pluriannuel et le contrat de maintenance associé, baptisé « LAND C4I ». Ce jalon pourrait être franchi à la sortie de l’été, explique un industriel qui anticipe d’ores et déjà plusieurs défis. Derrière le volume annoncé, ce sont autant de plateformes à analyser pour déterminer la meilleure intégration des antennes, postes radio et brouilleurs sans compromettre l’ergonomie de l’ensemble et, détail faussement anodin, lancer les commandes de câblages selon les conceptions finalement choisies. Sans parler d’une mise à disposition des véhicules contrainte par la préparation opérationnelle et les engagements à l’étranger de la Force Terrestre. 

L’annonce intervient sur fond d’extension du portfolio pour Thales Belgium, qui mène « une réflexion pour développer des compétences particulières sous couvert des retours sociétaux du programme CaMo ». La guerre électronique, par exemple, ne se limitera pas à l’intégration de brouilleurs ECLIPSE produits en France. Ajouté cette année à la feuille de route, la prise en main du domaine exigera de développer des solutions en territoire belge. « Nous cherchons à capitaliser sur nos centres de compétence d’aujourd’hui, voire de demain, pour lancer une nouvelle activité », indique Alain Quevrin. 

L’aspiration ne tient en rien du hasard. La guerre électronique a été érigée en domaine de souveraineté prioritaire par la Défense belge. Peu pourvue, celle-ci cherche à investir cet espace de conflictualité en misant sur le voisin britannique. Tous deux ont établi fin mars les bases d’un partenariat stratégique qui verra la Belgique investir 150 M€ sur cinq ans pour se doter d’un Joint Electromagnetic Warfare Support Centre (JEWSC) avec l’appui d’industriels britanniques, mais pas seulement. « Il va falloir que nous soyons très attentifs à cela », note Alain Quevrin.

Pas question de réduire la focale aux seules applications terrestres. Belges et Britanniques partagent plusieurs systèmes aériens communs, à commencer par un drone MQ-9B SkyGuardian désormais régulièrement déployé. Éviter le « build-to-print » pour concevoir conjointement une nouvelle charge utile dédiée trouve ici tout son sens. Guerre électronique, nouvelles radios tactiques ou encore évolutions d’une gamme de roquettes de 70 mm unique en Europe : l’intérêt belge est multiple et favorisera autant l’extension du partenariat existant qu’un rebond à l’export pour les équipements qui en découleront.

Crédits image : Défense belge / Jérusalem Destercke-hock