Le Pacte drones entre premiers résultats et nouveaux projets

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Décollage réussi pour le Pacte drones aériens de défense, qui a livré un premier drone produit rapidement, en masse et à bas coût en début d’année aux armées françaises. Et si la solution s’avère perfectible, son déploiement devrait apporter des enseignements utiles pour d’autres projets en phase de lancement. 

Cinq nouveaux projets d’acquisition sont sur les rails au travers du Pacte drones, ce forum d’échange entre militaires et industriels lancé en juin 2024 pour répondre au double défi de massification des flottes de drones à disposition des armées et de développement des filières nationales et européennes. Six mois après sa création, ce pacte focalisé sur les drones de contact rassemblait une centaine de participants. Ils sont aujourd’hui plus de 170, de la start-up au grand groupe industriel. L’objectif reste le même : « nous devons accélérer les commandes et, surtout, les massifier », expliquait vendredi dernier l’animateur du pacte, l’ingénieur de 2e classe des études et techniques de l’armement Arnault Maury, lors du point presse hebdomadaire du ministère des Armées. 

Une première expérience grandeur nature a été menée à bien. Il s’agissait de produire 1000 drones à moins de 1000€ par unité en moins d’un an avec pour effet recherché de doter « chaque petit groupe de soldats » en vue de l’exercice majeur ORION 2026, « une excellente occasion d’essayer l’usage des drones à grande ampleur », observait l’IC2 Maury. Lancée fin 2024, cette idée « un peu folle à l’époque » aura à l’origine attiré près d’une trentaine de candidats. Un appel d’offres européen a suivi quelques semaines plus tard. Pour corser le tout, la DGA y a ajouté deux contraintes. D’une part, l’obligation d’une fabrication européenne des cartes électroniques de contrôle des drones. Et, d’autre part, la conduite d’essais sur les prototypes proposés. Des 15 solutions dans les starting-blocks en février 2025, seules quelques-unes sont parvenues jusqu’aux évaluations. Verdict de cet entonnoir de sélection : un contrat de plus de 4,5 M€ attribué fin juin 2025 à Harmattan AI.

Les premiers drones de série sont arrivés fin octobre. La production s’est achevée le 24 décembre. Le temps d’en vérifier la qualité, et ces 1000 unités étaient confiés à partir du mois de janvier à des militaires venus au passage se former à l’École des drones (EDD) de Chaumont, dans la Haute-Marne. « On avait jamais produit autant de drones en si peu de temps en France », précise l’IC2 Maury. En découle un drone d’entraînement low-cost – DELCo ou Sonora, c’est selon – en l’air en moins d’une minute, doté d’une autonomie de 40 minutes et d’un rayon d’action de 2 km pour une masse inférieure à 2 kg. Tous sont équipés d’une voie jour, une fraction du parc fourni aux armées disposant également d’une voie infrarouge. Certains d’entre eux ont vécu leur baptême du feu lors de l’opération amphibie réalisée la semaine dernière en baie de Quiberon. En pointe sur cette phase d’entrée en premier d’ORION, le 126e régiment d’infanterie en a perçu 40 exemplaires répartis en deux lots identiques. 

Si les livraisons se sont déroulées conformément au calendrier établi, le low-cost a un coût, celui de performances volontairement réduites pour parvenir à entrer dans les cordes budgétaires. Le DELCo n’y échappe pas, et les premiers échos en provenance d’ORION font état de quelques limites et défauts de jeunesse. Une liaison de données régulièrement perdue au décollage et la faible résolution de la voie infrarouge, par exemple, ou encore une interface homme-machine (IHM) n’incrustant pas les coordonnées GPS dans le retour image. L’encombrement enfin. Les bras du DELCo ne sont pas repliables, son transport nécessite dès lors une mallette dédiée à ajouter au paquetage du télépilote. Des évolutions seront peut-être consenties pour, entre autres, adapter l’IHM, espère-t-on du côté des forces.

Reste que, à 1000€ tout compris par mallette, il ne fallait pas s’attendre à un miracle technique. Difficile, à ce prix là, de comparer le compromis que représente le DELCo aux solutions « haut de gamme » privilégiées auparavant. La DGA ne s’en cachait pas à l’entame de la procédure : le DELCo est avant tout un outil d’entraînement fourni aux forces « afin de les familiariser au combat ‘dronisé’ ». D’avis de télépilote, ce drone considéré comme « sacrifiable » suffit pour une première prise en main. Le critère « opérationnel » était d’ailleurs minoritaire dans l’appel d’offres, au contraire d’un critère financier comptant pour plus de la moitié des points. Sans oublier que la démarche semble davantage relever de l’expérience industrielle et contractuelle que de la prouesse technologique. « Ce ne sont pas les meilleurs drones, par contre ils ont tous été livrés avant la fin de l’année », résumait à ce titre l’animateur du Pacte drones. 

L’écosystème du Pacte drones bénéficiera des retours d’expérience remontés d’ORION par la Section technique de l’armée de Terre (STAT), précise l’IC2. Des marges de progression ont été d’ores et déjà été identifiées en parallèle, sur la motorisation par exemple. Les moteurs électriques du DELCo ne sont en effet pas d’origine européenne, à l’heure où au moins un acteur français se penche depuis un moment sur la question. L’apport de l’intelligence artificielle ensuite, pour garantir la prise de masse sans surcharger le combattant par l’automatisation des vols et de l’exploitation des données. « L’IA permettrait d’apporter une décharge cognitivie des opérateurs en leur apportant la meilleure information en pré-selectionnant l’information dont il a besoin. Ce sujet est déjà en cours de traitement au sein du Pacte drones », annonçait l’IC2 Maury. 

La démarche engagée avec le DELCo se poursuit depuis le le début de cette année. Celle-ci a suivi d’inspiration pour conduire un autre chantier, cette fois portant sur les munitions téléopérées longue portée (MTO LP). Confié à MBDA et Aviation Design, ce contrat prévoit la fourniture d’un premier lot de munitions pré-programmées One Way Effector pour la mi-2027. La DGA n’a pas détaillé les cinq nouveaux projets adossés au Pacte drones. Après la longue portée, les MTO de moyenne portée sont l’un des sujets attendus pour cette année, une occasion parmi d’autres « de continuer non seulement de stimuler la production et la massification des commandes, mais aussi de stimuler la production de composants souverains ou européens ».