Les sapeurs français et belges devront patienter davantage pour recevoir l’engin du génie de combat (EGC), explique un rapport parlementaire publié il y a peu et confirmant au passage le décalage pressenti l’an dernier.
Les premiers EGC étaient attendus pour 2030. « Ce calendrier ne sera pas tenu », ont indiqué les députées Anne-Laure Blin (LR) et Catherine Hervieu (EELV). À l’origine d’un rapport d’information sur l’arme du génie, les deux co-rapporteurs annoncent une première livraison en 2032. Soit au moins deux ans après l’objectif inscrit dans la loi de programmation militaire et une décennie après la publication d’une demande d’information par la Direction générale de l’armement (DGA).
Destiné à renouveler l’appui à la mobilité et à la contre-mobilité dans tous les régiments du génie, l’EGC devait théoriquement faire l’objet d’un avis de marché publié par l’OCCAr, pilote désigné du programme depuis décembre 2024. Espéré avant fin 2025, ce jalon n’a visiblement pas encore été franchi. Selon les co-rapporteurs, la compétition serait néanmoins bel et bien engagée cette année pour aboutir sur une contractualisation courant 2027.
Au maximum six candidats accèderont au second tour de sélection, a indiqué l’OCCAr. Pour l’instant, seule une solution est sortie au grand jour : l’Auroch, un véhicule 8×8 de 28 tonnes proposé conjointement par CNIM Systèmes Industriels, Texelis et KNDS France. « Les discussions actuelles portent sur l’alignement des besoins français et belge », notent les députées. Les besoins, mais aussi l’architecture industrielle car l’EGC devra mobiliser les deux filières nationales, perspective pour laquelle plus d’une centaine d’entreprises belges se sont réunies en septembre dernier à Bruxelles.
Quelque 200 exemplaires pourraient être livrés aux deux armées d’ici à 2040, dont 82 à 170 exemplaires pour la partie française au lieu des 125 inscrits en loi de programmation militaire. Les deux rapporteurs invitent non seulement à tenir le calendrier, mais également à « quantifier de nouvelles cibles réalistes » à l’aune de l’actualisation de la LPM. « Cette cible doit être tenue et actualisée, pour équiper le plus rapidement possible les régiments avec un engin dédié à la mobilité », insistait la députée et co-rapporteur Anne-Laure Blin.
« La LPM a largement laissé de côté l’arme du génie », relève le rapport parlementaire. Plusieurs marchés participeront néanmoins à résorber « des ruptures visibles et durables » au sein d’une arme qui « ne dispose pas de l’ensemble des moyens requis pour un engagement de haute intensité ». Hormis SYFRALL et EGC, ce sont essentiellement des systèmes ROBIN, EMBZ et SDZ déjà contractualisés et, pour certains, en cours de livraison.
La remontée en puissance demandera néanmoins de lancer d’autres chantiers. Des 25 recommandations listées dans le rapport d’information, l’une suggère ainsi de créer un nouveau régiment en réallouant des moyens affectés aux 6e et 19e régiments du génie. D’autres en appellent à acquérir un système disperseur de mines antichars en reprenant l’exemple du Baobab-K polonais, à prioriser le génie en matière de livraison de nouveaux porteurs tactiques, ou à renouveler les stocks de munitions et de mines d’exercice propres au domaine.
Reste à voir ce qu’autorisera une LPM révisée dont les 36 Md€ supplémentaires annoncés semblent surtout pencher vers le renforcement des stocks de munitions, les drones ou encore la défense sol-air. Réponse d’ici au 14 juillet prochain.
Crédits image : CSI